Escroquerie : éléments constitutifs et défense

Gérard Serfaty • 1 juin 2026

L'escroquerie consiste, selon l'article 313-1 du code pénal, à tromper une victime par des sollicitations frauduleuses afin de la déterminer à remettre un bien, des fonds ou un service.

À la différence du vol où le bien est soustrait, ou de l'abus de confiance, où il est détourné, l'escroquerie suppose une remise volontaire provoquée par la tromperie.

I – La sollicitation frauduleuse

La sollicitation doit être positive et déterminante.

Une sollicitation positive

L'article 313-1 vise un acte positif : usage d'un faux nom, emploi de manœuvres, abus de qualité vraie.

L'escroquerie étant une infraction de commission. Toutefois, la jurisprudence admet parfois l'infraction lorsqu'une abstention constitue la violation d'une obligation d'agir ou de vérifier, découlant d'une fonction particulière.

Exemple : démission volontaire d'une activité empêchant la perception d'allocations sociales.

Ne sont pas retenues comme manœuvres frauduleuses : de simples mensonges, de simples allégations mensongères ne sauraient en elles-mêmes, et en l'absence de toute autre circonstance, constituer des manœuvres frauduleuses, même assorties de pressions ou de menaces verbales.

L'escroquerie ne peut résulter que d'un acte positif et non d'une simple omission : ainsi, un assuré social touchant une rente d'invalidité de 100% pour cécité ne peut être déclaré coupable d'escroquerie pour avoir omis de signaler à la Sécurité sociale l'amélioration de son état.

De même, la fausse qualité de chômeur dans le fait de continuer à percevoir des allocations chômage, alors que par suite de l'accroissement de ses ressources, l'allocataire a cessé d'y avoir droit.

La fausse qualité de travailleur privé d'emploi dans le fait de ne pas déclarer l'exercice d'une activité professionnelle.

De même, ne commet pas le délit d'escroquerie l'individu qui s'abstient de révéler à la personne dont il sollicite un prêt, sa situation de liquidé judiciaire.

Une sollicitation déterminante

La tromperie doit avoir provoqué la remise. Il doit exister un lien de causalité entre les manœuvres et l'acte de disposition accomplie par la victime.

L'infraction disparaît s'il est établi que la remise a eu lieu même en l'absence des procédés invoqués.

Les tribunaux apprécient concrètement la vulnérabilité ou la crédulité de la victime. Ainsi, même les procédés grossiers peuvent caractériser l'infraction si la victime était particulièrement influençable.

L'échec de la tromperie n'exclut pas la répression : la tentative d'escroquerie demeure punissable (article 313-3 du code pénal).

II – Les procédés frauduleux

Toute tromperie n'est pas une escroquerie. Le texte exige des procédés limitativement prévus : faux nom, fausse qualité, abus de qualité vraie ou manœuvre frauduleuse.

L'escroquerie étant intentionnelle, elle est exclue en cas de simple négligence, d'imprudence ou de bonne foi démontrée.

Exemple : l'entrepreneur totalement persuadé de la viabilité de son projet ne commet pas nécessairement une escroquerie si l'entreprise échoue.

Les simples mensonges

L'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité peut suffire. La jurisprudence retient notamment : les mensonges sur l'état civil, la qualité de fonctionnaire, un diplôme ou un titre, la profession exercée, un mandat fictif.

Se présenter faussement comme avocat, agent commercial ou représentant d'autrui peut constituer une escroquerie.

En revanche, celui qui utilise abusivement une profession qu'il exerce réellement n'usurpe pas une fausse qualité. L'article 313-1 réprime toutefois l'abus d'une qualité vraie lorsqu'elle inspire confiance et détermine la remise.

Les manœuvres frauduleuses

Les manœuvres frauduleuses supposent une mise en scène destinée à convaincre la victime : faux documents, intervention de tiers, simulations, montage trompeur ou scénario destiné à donner une apparence de crédibilité.

Le simple mensonge ne suffit pas toujours. Il doit parfois être accompagné d'éléments extérieurs venant le renforcer.

Comment se protéger des escroqueries financières ?

Ne jamais agir dans la précipitation face à une offre exceptionnelle ou à une demande urgente. Les escrocs exploitent principalement la peur, l'urgence, la culpabilité, l'appât du gain, l'autorité apparente, l'empathie. Ils utilisent souvent des données personnelles obtenues sur internet, afin de rendre leur scénario crédible.

Conseils de prudence

  • Ne jamais communiquer ses coordonnées bancaires par téléphone ou SMS.
  • Vérifier directement auprès de sa banque via les canaux officiels.
  • Contrôler les sites d'achats sur internet : présence du cadenas ou du protocole « https ».
  • Mettre à jour les systèmes de sécurité informatique.
  • Protéger son code bancaire et son cryptogramme visuel.
  • Limiter les informations personnelles diffusées sur les réseaux sociaux.
  • Faire immédiatement opposition en cas d'opération suspecte.
  • Conserver les preuves et déposer plainte rapidement.

Les établissements bancaires peuvent être tenus de rembourser certains prélèvements frauduleux.

Les mécanismes psychologiques utilisés par les escrocs

Les fraudeurs cherchent à empêcher la réflexion critique de la victime. Ils créent un sentiment d'urgence : « immédiatement », « sous 24 heures », « votre compte sera bloqué ».

Ils se présentent comme une autorité : banque, administration fiscale, toute forme de livraison, service technique. Ils exploitent également le désir d'enrichissement, la peur de perdre un avantage, la compassion, le sentiment de proximité.

Plus le scénario paraît crédible et personnalisé, plus la vigilance diminue.

Exemple fréquent : faux sms de colis, faux remboursement d'impôt, faux conseiller bancaire demandant de valider un virement, message relatif à un abonnement récent souscrit.

Les escroqueries modernes sont particulièrement efficaces car elles reposent sur des mécanismes psychologiques universels et sur l'exploitation massive des données personnelles circulant sur internet.

Les escroqueries les plus fréquentes

  • Fraude bancaire : les courriels ou sms usurpant l'identité d'une banque, des impôts ou d'un organisme public afin d'obtenir des coordonnées bancaires.
  • Faux placements financiers : investissements fictifs dans des secteurs prétendument rentables : énergies renouvelables, cryptomonnaies, parkings, containers, whisky, photovoltaïque.
  • Fraude à la carte bancaire : piratage internet, dispositif de captation sur distributeurs ou détournement des moyens de paiement.
  • Faux supports techniques et escroquerie sentimentale : simulation d'un virus informatique ou création d'une relation affective destinée à obtenir des fonds.
  • Arnaques au compte personnel de formation (CPF) : formations fictives ou trompeuses financées au moyen du compte personnel de formation.

Défense et accompagnement

Que vous soyez victime d'une escroquerie ou mis en cause dans une procédure pénale, Me Gérard Serfaty, avocat pénaliste à Paris depuis plus de 40 ans, vous accompagne avec rigueur et détermination.

Son expérience en matière de contentieux pénal permet une analyse précise de votre situation, une stratégie adaptée, et une défense efficace devant les juridictions pénales. Pour mieux comprendre les termes juridiques employés dans ce type de dossier, consultez également notre lexique de droit pénal.

L'escroquerie est souvent liée à d'autres infractions patrimoniales : si vous êtes concerné par un dossier impliquant également une fraude fiscale , le cabinet dispose de l'expérience nécessaire pour traiter ces situations complexes.

Vous avez besoin d'un avocat pénaliste ?

Victime d'une escroquerie ou mis en cause dans une procédure pénale, ne restez pas seul face à la justice. Le Cabinet Serfaty vous reçoit pour une consultation personnalisée et confidentielle.

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Elle ne peut être déduite automatiquement : du seul âge avancé, d’une hospitalisation, d’un handicap ou d’un placement sous protection. Une jurisprudence rappelle que même une personne âgée ou malade peut conserver des capacités décisionnelles suffisantes. 2) Une vulnérabilité apparente ou connue de l’auteur Il faut démontrer que l’auteur : connaissait l’état de faiblesse, ou que cet état était manifestement apparent. La simple existence de troubles médicaux ne suffit pas : la connaissance effective de cette vulnérabilité doit être établie. Les tribunaux relaxent lorsque : les témoignages sont contradictoires, les certificats médicaux sont imprécis, ou que la preuve n’est pas rapportée qu’au moment exact des faits la vulnérabilité était identifiable. 3) Des pressions ou manœuvres ayant altéré le consentement L’abus suppose des agissements positifs : pressions répétées, manipulation psychologique, isolement, techniques d’emprise, suggestions insistantes. Il faut que ces manœuvres aient conduit sa victime à accomplir un acte ou à s’abstenir d’agir. L’infraction ne dépend pas de l’importance du patrimoine de la victime : même un patrimoine modeste peut être concerné. 4) Un acte gravement préjudiciable L’acte obtenu doit causer un préjudice grave. Exemples fréquemment retenus par les tribunaux : remises de chèques ou virements importants, donations, modifications du testament, modifications ou souscription d’une assurance vie, désignation d’un nouveau bénéficiaire, vente d’un bien à vil prix. Le préjudice n’implique pas nécessairement l’enrichissement personnel de l’auteur. COMMENT LES TRIBUNAUX CARACTÉRISENT-ILS L’ABUS DE FAIBLESSE ? Les juges s’appuient notamment sur : des certificats médicaux ou expertises psychiatriques établissant l’état psychique au moment des faits, hospitalisations ou mesures de protection, chronologie des opérations bancaires, cohérence entre la situation médicale et les actes accomplis, témoignages de l’entourage, isolement progressif de la victime, modification soudaine des dispositions patrimoniales. Chaque dossier est analysé de manière extrêmement factuelle. Vous êtes victime d’un abus de faiblesse : que faire ? Il est essentiel d’agir rapidement. Étapes essentielles : 1) rassembler les documents : relevés bancaires, contrats d’assurance vie, testaments, chèques, procurant. 2) constituer le dossier médical : comptes rendus, diagnostics, expertises, dates d’hospitalisations. 3) identifier les dates contestables : virements, donations, modifications patrimoniales, changements de bénéficiaires Un dépôt de plainte peut être envisagé après analyse précise des éléments. Vous êtes mis en cause pour abus de faiblesse ? Les accusations sont parfois instrumentalisées dans des conflits successoraux ou familiaux. Il convient alors : d’établir l’absence de vulnérabilité au moment des faits, de démontrer l’absence de pressions ou de manœuvres, de prouver que les actes étaient librement consentis. Une défense structurée dès l’enquête est déterminante. Quels sont les peines encourues ? L’abus de faiblesse est puni de : 3 ans d’emprisonnement et/ou 375.000€ d’amende, 5 ans et/ou 750.000€ d’amende lorsqu’il est commis via un service de communication en ligne, 7 ans et/ou 1.000.000€ d’amende si les faits ont été commis en bande organisée. Des peines complémentaires peuvent être prononcées (interdictions professionnelles, confiscations,….). Pourquoi agir sans attendre ? Les décisions des tribunaux évoluent régulièrement, notamment concernant : la preuve de la vulnérabilité, l’appréciation des techniques d’emprise, les conflits successoraux impliquant des personnes âgées. Une action rapide permet de préserver les preuves et de sécuriser votre situation juridique. DÉFENSE ET ACCOMPAGNEMENT Que vous soyez : victime d’un abus de faiblesse, ou mis en cause dans une procédure pénale, Me Gérard Serfaty, avocat pénaliste à Paris depuis plus de 40 ans, vous accompagne avec rigueur et détermination. Son expérience en matière de contentieux pénal permet : une analyse précise de votre situation, une stratégie adaptée, une défense efficace devant les juridictions pénales. Contactez le cabinet pour une consultation personnalisée et confidentielle.
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